Ici, on enterre les géants
C'est à Perpignan, en 2001, que les Etats français et espagnol scellent la création d’une nouvelle autoroute électrique. Le projet est faramineux : une ligneà Très Haute Tension, suspendue à des pylônes d’acier de 60 mètres de haut doit balafrer les deux Catalognes sur des dizaines de kilomètres, entre les communes de Baixas, côté français, et Bescanó, côté espagnol. Quitte à passer par-dessus les Pyrénées. Quitte à court-circuiter les habitants.La THT, comme on finira par la dénommer, doit assurer l’interconnexion de tout un continent. Elle doit être achevée en un temps record. Elle n’impacterait que quelques pauvres dizaines de milliers d’habitants de l’arrière-pays, sur à peine quelques dizaines de kilomètres carrés.C’était sans compter sur l’opiniâtreté catalane.Tout un pays entre alors en résistance. Face à ces géants d’acier au pied des Albères, Catalans du Nord et du Sud se dressent pour mener une longue fronde citoyenne, militante et extraordinaire. De 2001 à 2016, ils refusent tout compromis et pour la première fois de l’Histoire, deux des plus puissantes entreprises françaises et espagnoles sont contraintes de reculer et d’enterrer leurs géants.Ce journal de lutte relate le bras de fer électrique qui, pendant plus de quinze ans, opposera de simples citoyens aux technocrates déconnectés. Il est l’humble portrait d’une société engagée, le réceptacle de sa mémoire scellée.