La clinique nous confronte à l’expérience du sensible. Le sensible est défini ici comme éprouvé, sensation, perception sensorielle et affect. Il est ainsi central dans l’expérience clinique psychanalytique, qu’il s’agisse du registre du ressenti, de son expression, ou de celui de l’accueil, et de l’accompagnement. En suivant Bion, l’enjeu essentiel se situe dans la capacité de dépôt, d’accueil et de transformation. C’est dire l’importance de la fonction contenante du sensible. Nous sommes confrontés en clinique à des failles d’élaboration du sensible comme inélaborables, voire étranges et déréalisantes.Nous, Pierre Benghozi, et Danièle Toubert, avec Christophe Bittolo et Florence Baruch, avons conçu un dispositif complexe pour proposer, sous la forme d’un séminaire, une mise au travail, à partir des associations des participants, en petits groupes et grands groupes, de séquences cliniques rapportées et discutées par des cliniciens. La question du sensible est d’emblée interrogée et contenue dans le dispositif de travail lui-même puisque ce séminaire a été réalisé uniquement en visio conférence.Le numéro de cette revue se propose de partager une réflexion théorico-clinique sur la notion de sensible dans une perspective psychanalytique et groupale. Il s’agira de discuter, à partir des impasses mobilisant la fonction pare-excitatrice de chacun dans l’espace du groupe, l’hypothèse d’un dispositif groupal à la fois conteneur, producteur et susceptible d’accompagner un processus de transformation de ce qui, du sensible, sensoriel et affectif, menace d’effraction. Cela questionne la place du travail analytique du groupe et par le groupe, dans la mesure où il est suffisamment pensé, contenu dans un cadre, et la place de l’analyste dans le mouvement transféro-contre-transférentiel.