Anthropologie contemporaine
« - Où se trouve le ghetto- c’est ici, vous y êtes - Non pas ce ghetto-ci ! Je ne vois rien, je cherche le l’ancien, le vrai ghetto, l’autre… l’authentique ».C’est parce qu’il échappe à notre compréhension et à ce que l’on s’attend à voir lorsqu’on y est confronté, que le ghetto de la cité lagunaire est questionné. Loin d’être appréhendé telle une entité urbaine figée ou d’être réduit au signe de sa seule toponymie dans la ville, en quoi le ghetto de Venise en est encore un ? Premier ghetto juif de l'histoire, il voit le jour en 1516 sur décision du Sénat de la République de Venise qui institue un lieu de résidence forcée pour les Juifs de la cité lagunaire. Il persiste jusqu’en 1797, date à laquelle Napoléon en abat les grilles. Après avoir été délaissé par les politiques urbaines, le Ghetto fait l’objet d’un regain d’intérêt de la part de la ville et surtout de la communauté juive locale. Face à sa dévitalisation et à l’implantation récente d’une nouvelle communauté juive hassidique en provenance des États-Unis, les Juifs vénitiens sont obligés de repenser leur rapport généalogique et présent au Ghetto, devenu lieu d’enjeux sociaux impliquant à la fois son histoire longue et sa matérialité. Selon les perceptions qu’ils ont du lieu, ces différents acteurs confondent ces limites dans l’économie de la ville ou au contraire ils les réaffirment en sortant le ghetto de son état de latence. Il s’agit de rendre compte des différents modes de réactivation de son histoire au présent. Si les Juifs vénitiens font usage du passé local et des ressources patrimoniales pour revaloriser ou revitaliser le Ghetto et réaffirmer leur appartenance à ce lieu, les nouveaux arrivants entendent y légitimer leur présence. Le Ghetto devient un espace de force où chacune des deux communautés juives mobilise des stratégies pour construire leur visibilité et représenter la judéité dans cet espace « emblématique ». Son histoire longue est aussi réactivée par les habitants chrétiens soucieux de le préserver comme lieu de vie quotidienne face aux possibles dérives missionnaires et touristiques d’un Ghetto en devenir.