Le vivant. Les espèces évoluent; l’organisme vieillit; nous parlons d’histoire naturelle comme de mémoire individuelle pour rendre compte de l’imprévisibilité des formes biologiques. Mais que signifie, pour le vivant, de durer? La différence de l’inerte et du vivant se joue aussi et même surtout dans la distinction des modes de temporalisation. Le temps en biologie a en effet un sens qu’il n’a pas en physique : il est synonyme d’inventivité. Durer, pour les espèces comme pour les individus, c’est en effet se transformer de façon singulière, dans des situations toujours uniques. Si la théorie de l’évolution a mis au premier plan la dimension historique du vivant et l’imprévisibilité de ses trajectoires, les conséquences pour la science qui l’étudie, dans ses objets comme dans ses méthodes, doivent encore être évaluées. L’enjeu n’est pas seulement théorique. Parce que la créativité du temps biologique passe par la diversité des rythmes propres à chaque organisme, ce sont également nos pratiques et nos relations avec les autres vivants qu’il convient de repenser.