Husserl et la phénoménologie des émotions
Objet d’un intérêt évident dans les sciences humaines et expérimentales, les émotions sont perçues comme résiduelles chez Husserl. Le dernier rationaliste du XX e siècle ne les aurait traitées qu’en les soumettant aux actes intellectuels ou aux valeurs.Je montre ici comment les sentiments, en majeur le plaisir, et leur centre le cœur furent pour lui un compagnonnage constant. Traduire Gemüt par cœur, c’est dire que l’émotion n’est pas psychique mais corps viscéral. C’est là qu’il y aura débat avec Lipps, Geiger et Scheler.La phénoménologie expérientielle des rythmes et des humeurs est portée par tant de situations et d’exemples, moins illustratifs qu’ouvreurs de conceptualisations. Des ramifications infinies y nomment des aspects inédits de nos variabilités émotionnelles : on découvre une micro-phénoménologie à l’état naissant.De cette matière affective subtile, diffusive et ambivalente naît le concept qui axe la lecture de ces textes, l’antinomie. Elle est la tension créatrice de nouvelles émotions : Freudenschmerz, la joie douloureuse, Schauer der Seligkeit, le frisson de la félicité.