L’action publique entretient une relation complexe avec le futur. Elle s’en réclame souvent, qu’il s’agisse de le préparer (s’y adapter, s’en prémunir) ou de le faire advenir (la vision, la volonté). Dans le même temps, son horizon temporel semble bien souvent se raccourcir et ses ambitions se réduire. Certains décideurs publics se glorifient même d’agir sur le seul présent, de « résoudre les problèmes », le futur étant alors associé à une action publique abstraite, voire purement idéologique.À cette contradiction s’ajoutent des paradoxes. La période que nous vivons invite, de manière légitime, à s’inquiéter de l’avenir. Ce qu’il s’y produit confirme bien des analyses prospectives passées, à commencer par celles du Club de Rome et du GIEC. Pourtant, l’âge d’or de la prospective, des modèles, des Plans, et même des gourous et autres visionnaires, semble derrière nous. Nous sommes toujours plus conscients des conséquences à long terme de nos (in)actions au point, parfois, de légiférer au nom des « générations futures », et pourtant, dans l’action, nous semblons coincés dans ce que François Hartog nomme le « présentisme » : une forme de course sur place qui remplace le mouvement transformateur par la réponse constante à l’urgence – quand elle n’érige pas, plutôt, le passé comme une destination fantasmée, à jamais inatteignable.Les institutions publiques ne sont pas seules à éprouver ces tensions, mais celles-ci les touchent sans doute de manière plus profonde : si l’action publique ne porte rien de particulier vis-à-vis du futur, que lui reste-t-il de particulier ? Peut-il y avoir, dans le contrat social, une action publique sans futur ? Et si ce n’est pas le cas, comment retisser un lien plus fécond entre futur et action publique ?Cet ouvrage collectif cherchera à proposer quelques réponses.