Un auteur subtil a avancé la formule de « fonds de miroirs »en écho à celle, plus fatiguée et moins parlante, de « fondsde tiroirs ». Se désigne par là un type d’écrits en déshé-rence dans des piles, des boîtes, des cartons, des coffres,des tiroirs où ils protègent de la culpabilité l’auteur quiles a ainsi délaissés. C’est le cas d’une partie des textesici rassemblés à la suite d’un précédent recueil. Poèmes,aphorismes, fictions, parfois issus de commandes, échan-tillonnent un champ joyeusement mineur de l’écriture deChristian Bernard qui n’entend pas renoncer aux plaisirs dujeu, de l’imagination et de l’ironie. Ses fonds de miroirs nesont pas sans ressources. Il ne se prive pas non plus d’entirer des carnets d’Alain Séchas qui contribuent allègrementau renouveau du dessin d’humour avec ce qu’il faut deméchanceté et de cruauté drôles.