Le désarroi, la perte de repères, l’écroulement des mythes, la fragmentation de la société, la tension entre les pôles contradictoires, c’est à quoi se confronte l’homme au manteau de pluie tout au long d’une déambulation quasi hypnotique qui le conduit à revenir vers la Place, vers la maison, vers le lieu de naissance. Un retour vers l’espace qui se conjugue avec un retour dans le temps. La plongée dans les souvenirs s’opère sans ordonnance logique. Les temps se chevauchent et se télescopent. La mémoire se fixe et se fige sur certains faits. Des pans entiers tombent dans l’oubli. Lorsqu’il sonde son passé, ce que l’homme en retire, ce sont des flashs, des éclats, des débris. D’où les reprises, le mode discontinu, la composition de bric et de broc qui accorde une place essentielle à l’intervalle et cherche, sans jamais perdre espoir, un raccommodage possible. Lorraine, c’est le nom de ce lieu en direction duquel se retourne l’homme au manteau de pluie. Un lieu avec lequel il entend renouer le lien, un lieu dont il ne parvient pas à faire le tour en dépit de la multiplication des allées et venues, un lieu qui s’avère être pour le fugueur un point de départ vers un ailleurs aussi invisible qu’insondable.