Poèmes Textiles est le résultat d’une contradiction fondamentale que l’écriture ne va pas résoudre. Elle va en découdre, envisager différents points possibles, raccommoder le sens, parfois suturer violement. Le poème se situe dans cet irrésolu.Au départ, il y a la passion de l’autrice pour les vêtements usés, ceux que l’on abandonne, que l’on donne, qui circulent de manière incongrue, les accumulations textiles qui racontent nos existences décousues. Les tas de vêtements abandonnés dans les rues de Neukölln, une soirée de printemps à Berlin. Et puis il y a le 7 octobre, Gaza, l’effondrement du sens. La réalité déborde le langage, fait irruption dans le monde du texte, dans les rues de Berlin, dans les mailles des vêtements aimés, épars. Dès lors, il devient impossible de donner aux événements une forme stable, continue ou ordonnée. Le texte sera traversé de manques, de déchirures et de défaites, auxquelles l’écriture ne cherchera pas à échapper. Il y a des amoureux dans la rue, des textures de mousseline et de tulle, des manifestations dans les rues, les images, le son de la radio – chaos linguistique. Désorientation, superpositions des réels, scènes incomplètes. Bégaiements, déchirures. Le langage se désarticule. Il va falloir lutter pour parler. Pour penser. Se déplacer pour écrire, progresser par effilochements, esquisser une forme de vie possible dans le rapiécé. Pour sauver le poème, pour sauver la possibilité même de l’écriture.Laurence Ermacova nous offre la beauté de mots surgis dans un espace de fragilité et de déséquilibre. L’humilité et la douceur de nos tissus pour affronter les échos insoutenables, les questions cruciales. Poèmes Textiles ne donnera pas de réponse. Il offrira à en éprouver le vertige.