Forger la nouvelle puissance
L’Europe serait-elle « condamnée à l’effacement civilisationnel » ? Les Européens seraient-ils « sortis de l’histoire » ? L’Europe ne serait-elle plus qu’« un musée ouvert à tous les vents » ? C’est en tout cas le récit porté par les États prédateurs que sont la Russie, les États-Unis et la Chine, unis dans leur mépris envers l’Europe, et trop souvent intériorisé par les Européens eux-mêmes, qui partent battus d’avance.Après avoir, le premier, annoncé le « temps des prédateurs » (2020), puis le « retour de la guerre » en Europe (2021) et préfiguré le monde revu et corrigé par un Trump réélu (2024), François Heisbourg montre dans ce nouveau livre que ce récit n’est pas le produit d’une évolution inévitable, mais le produit des envies et des haines des uns, et le reflet des craintes et du manque de confiance des autres. Comparée à ses adversaires, notre Europe dispose d’atouts décisifs, notamment dans des domaines où l’on ne l’attend pas forcément : démographie, économie, technologie, défense, gouvernance.De l’Ukraine au Groenland, l’Europe a commencé à montrer qu’elle peut, quand elle le veut, faire pièce aux convoitises territoriales de la Russie et des États-Unis, qu’elle sait bâtir des rapports de force face aux appétits commerciaux des puissances prédatrices.Cette Europe-là, et au premier chef la France, ne renonce pas à ses valeurs : elle apprend simplement que le droit a désormais besoin d’être défendu, y compris par la force, dans le monde tel qu’il est devenu.