Nos mémoires sont peuplées de souvenirs liés aux arts du fil. Inutile de remonter bien loin dans l’arbre généalogique pour trouver une reine des ourlets ou une spécialiste des robes à smocks : nos grands-mères en furent presque toutes. De la couture domestique à une pratique professionnelle, il n’y a qu’un fil?! Les profils s’échelonnent à divers grades : de l’ouvrière à la patronne d’une prestigieuse maison parisienne ou d’un atelier de province. Couturières des villes, couturières des champs… À l’autre bout du spectre, il y a l’artisane qui œuvre dans les campagnes : une figure phare du village.En marge de la trame historique d’une profession protéiforme, l’ouvrage livre les témoignages de couturières du XXe siècle. Pour filer la métaphore, ces vies forment la chaîne du tissu social d’une vaste communauté professionnelle bientôt projetée dans les heurs et malheurs de l’époque postmoderne. Cette belle étoffe s’effiloche?; d’autant plus fragile, elle est conservée avec un soin jaloux et une persévérance vigilante. Gardiennes du geste, les couturières et couturiers du XXIe siècle sont la main outillée qui raccommode le corps avec le monde et l’Histoire.« Des écrits à la fois intemporels et, dans un même élan, des chemins de mémoire et de vie. » Marie Algranate, directeur de la Maison des Arts Textiles et du Design à Flavigny-sur-Ozerain (Côte d’Or).