Récits d’Isabelle Voegelen et de Hans Karcher
«En écrivant ce récit, je m’adresse à toutes les personnes de coeur etsurtout aux mères. Je n’obéis à aucun sentiment de vengeance, maisj’accomplis un devoir en protestant de toutes mes forces contre la façondont on a traité mon enfant, moi-même et toutes les personnes qui ontété arrêtées en même temps que moi et qui sont innocentes. Ce sontdes erreurs et des procédés indignes d’une nation civilisée. Qu’on liseet qu’on juge avec impartialité.»Ainsi s’exprime anonymement en 1915 Isabelle Voegelen, une habi-tante d’Avricourt, village-frontière entre France et Allemagne depuis1871. Dans ce petit coin de Lorraine s’est joué un drame inouï. Cettefemme, qui a transformé sa maison confortable en hôpital de la Croix-Rouge, et son comptable sont arrêtés et déportés comme otages par lestroupes françaises censées venir les libérer «du joug allemand». Il s’enest suivi — à l’instar de centaines d’Alsaciens-Lorrains, comme l’adénoncé CamilleMaire dans Prisonniers des libérateurs — un calvaire detrois mois pour elle et de trois ans et deux mois pour son employé.Le temps a passé, emportant les derniers témoins et effaçant tout de lamémoire collective. Mais un jour, telle une bouteille à la mer, un livreancien est venu s’échouer au pied d’un curieux, puis un deuxième…Professeur retraité, Jean-LouisSpieser a l’âme d’un passeur. Il aime partager sesdécouvertes, réveiller des récits allemands tombés dans l’oubli et en publier latraduction. Après avoir publié Prisonnier des Français. Journal clandestind’un Allemand au Château d’If, au Frioul, en Corse, à Uzès et au Puyen-Velay (1914-1916) de Max Brausewetter, et Mon été 1914 au Puy, deFanny Hoessl, une touriste allemande arrêtée et incarcérée avec des centainesd’autres civils allemands qui se trouvaient sur le sol français en août1914, ilexhume ici deux récits croisés dont il a réussi à identifier les protagonistes et leslieux au prix d’une enquête patiente et rigoureuse.