Genre, sexualité et néolibéralisme
Depuis les années 2000, la Russie de Poutine constitue un assemblage à première vue improbable entre des politiques néolibérales qu’on aurait pu penser sans morale, et une politique néo-conservatrice, promouvant des « valeurs traditionnelles » en matière de genre et de sexualité. Pour que le pays reste une « grande puissance », chacun son rôle (a fortiori depuis la guerre de 2022) : les hommes doivent (se tenir prêts à) combattre, les femmes doivent enfanter. Or, si le régime poutinien cherche à se légitimer par le recyclage sélectif de certaines symboliques soviétiques, il se caractérise surtout par une politique nataliste moins généreuse qu’il n’y paraît, et par sa poursuite du démantèlement de l’Etat-providence hérité du communisme. Quelles réalités sociologiques se cachent derrière ces politiques aux conséquences tragiques, mais à l’efficacité très inégale ? Cette Russie lointaine et autoritaire, est-elle si différente de « notre » Occident ? Ce livre montre qu’elle incarne plutôt une des versions contemporaines du néolibéralisme, ardemment défendue par des droites du monde entier (de Trump à Poutine, en passant par Orban, Meloni et Bolsonaro) : un néolibéralisme dé-démocratisant et néo-conservateur, qui renforce ou fabrique à la fois de l’individualisation et du familialisme. C’est ce que relève cette enquête basée sur des entretiens avec des hommes et des femmes russes ordinaires (croisés avec des statistiques et des archives médiatiques), qui nous plonge au coeur de la société russe et de ses contradictions, sans l’exotiser.