Hannibal était comme sa mère : il avait un prénom et une langue étrangers à ceux de la nouvelle nation. Les deux étaient comme deux astres aux trajectoires divergentes ; leurs voix résonnaient comme des échos lointains d’un passé que l’on tentait d’effacer ou de remodeler selon les ambitions du moment.À l’aube d’une indépendance incertaine, Hannibal, sa mère et son père étaient réduits au silence, prisonniers d’un rêve qui n’était pas le leur.Dans ce grand théâtre de l’histoire, lui, simple enfant, n’avait ni l’ambition de conduire des éléphants à travers les Alpes, ni celle de porter le fardeau d’une nation en devenir. Son souhait était modeste, mais essentiel : sentir les morsures du froid s’atténuer sur ses orteils dans la salle de classe glaciale, voir son père marcher la tête haute ne serait-ce qu’une fois, et entendre sa mère prononcer fièrement son prénom.