L' expression " massacre des innocents " est fréquemment convoquée dans la presse pour désigner les victimes des guerres contemporaines ou du terrorisme. Elle renvoie à un épisode biblique tenant en un seul verset : Matthieu 2, 16. Comment un texte si fugace des Évangiles est-il devenu un élément de la culture occidentale commune, mobilisé jusqu'à nos jours ? Axelle Neyrinck enquête sur la construction de cette scène maintes fois représentée et commentée, en nous immergeant au cœur du Moyen Âge. Cette période constitue un moment charnière dans le long processus qui a permis d'extraire le thème du massacre des Innocents de son contexte initial. Quittant le champ du religieux pour revêtir une signification politique et conflictuelle, il s'invite dans les discours liés aux croisades et aux polémiques antijuives médiévales, avant de connaître d'autres résonances au temps des guerres de Religion. Le livre s'articule autour de trois figures majeures, progressivement simplifiées et employées hors de tout cadre cultuel : les Innocents eux-mêmes, victimes modèles ; Hérode, archétype du mauvais souverain et du bourreau ; Rachel, mère éplorée, symbole du deuil parental. À travers cette histoire intellectuelle et des représentations, c'est également notre rapport aux violences faites aux enfants qui est interrogé.