Politiques de la folie à Rome
Les notions anciennes et modernes de la « folie » recouvrent le plus souvent des réalités bien différentes, et celle de furor ne fait pas exception. Exprimant en général une idée d’aliénation dans laquelle le sujet est comme dépossédé de lui-même, elle désigne en premier lieu un trouble grave de la compréhension et de la volonté dont les racines s’enfoncent dans les profondeurs du corps. Dans un second sens, elle est le nom du sentiment tragique qui inspire aux foules anarchiques comme aux souverains tyranniques des actions mettant en cause les cadres élémentaires de la souveraineté républicaine. Depuis les origines de la cité, la condition de ceux qui souffrent du furor de la première espèce impose à la puissance publique de superviser des mesures de garde (custodia) et de protection (cura). L’édifice juridique qui en est issu se précise à la mesure que l’État romain étend son empire. Quant au furor de la seconde espèce, image poétique empruntant ses traits à toutes les espèces de « folie », il justifie d’appliquer aux ennemis publics le douloureux remède des maladies désespérées et il légitime, par une analogie avec le droit exceptionnel appliqué à la démence, le recours à un état d’urgence.Cet ouvrage, se concentrant sur la période romaine mais examinant aussi les sources grecques, propose pour la première fois une histoire politique de la folie dans l’Antiquité. À travers cet objet, il présente les pratiques romaines du pouvoir dans leur irréductible complexité.