Essai sur le genre littéraire des évangiles de Matthieu de Marc et de Luc
Dans le contexte culturel du 1er siècle de notre ère, écrire une vie de Jésus — ce que nous appelons un évangile — constituait un défi apparemment impossible à relever.Car il n'y avait pas seulement à s'inspirer du précédent biblique, les vies d Abraham, d'Isaac, de Jacob, de Joseph, de Moise, de Samson, de Samuel et de David dues aux écrivains sacrés. Il fallait aussi affronter le genre gréco-romain de la biographie, dont les protagonistes étaient exclusivement de « grands hommes», jouissant d'une belle reconnaissance sociale. Or, Jésus, rejeté par ses coreligionnaires parce que mort en croix comme blasphémateur et séducteur du peuple, ne pouvait a priori pas prétendre à une biographie de ce genre.Les évangiles synoptiques ont, en conséquence, reconfiguré le genre « biographique» de l'époque en y faisant jouer de manière inédite le phénomène de la reconnaissance.Derrière la naissance du genre évangélique, il y a donc l'invention d'un modèle narratif d'ensemble, dont le point focal est la reconnaissance du Christ en son paradoxe pascal. Ce modèle est la raison d'être des récits attribués à Matthieu, à Marc et à Luc.Jean-Noël ALETT, jésuite, enseigne à l'Institut biblique pontifical de Rome. Il est connu pour ses travaux sur les lettres de Paul ainsi que sur les deux récits attribués à Luc, le troisième évangile et les Actes des Apôtres.