Dans quels termes l’Église a-t-elle accompli son tournant démocratique ? Alors que la pensée catholique découvre dans le social son terrain de mission moderne, un mot s’impose avec insistance : la personne.Avant que le concile Vatican II ne l’élève au rang de référence incontournable, les encycliques sociales de Léon XIII et Pie XI font déjà de la dignité de la personne humaine une condition de la justice sociale. Ce recours à la personne pourrait s’expliquer simplement : depuis le IIIe siècle, la notion est au cœur de l’élaboration du dogme trinitaire.Dès le début du XIXe siècle, le spiritualisme français postkantien propose à son tour sa propre philosophie de la personne. Comment dès lors comprendre que cette même notion en vienne à occuper une place centrale dans la pensée catholique moderne ? Que l’usage de ce terme, revendiqué par le spiritualisme républicain, puisse ne pas faire problème dans le cadre de sa reprise catholique, voilà qui fait problème.La personne relève-t-elle finalement d’un héritage de la théologie trinitaire ou d’une invention moderne et philosophique ?Professeur agrégé et docteur en philosophie, François Palacio est enseignant en classes préparatoires ECG. Il est l’auteur de Hegel. La religion et le politique. Sa recherche s’articule principalement autour du problème théologico-politique à l’époque moderne et des relations entretenues par le christianisme à l’égard des structures sociales issues de la Révolution française.