Race, racisme, racialisme
En a-t-on fini avec la race ? Le centenaire de la naissance de Michel Foucault est l’occasion d’un bilan critique et prospectif sur l’œuvre sans doute la plus commentée et mobilisée du xxe siècle, dans la philosophie et les sciences sociales. Une œuvre d’autant plus difficilement saisissable que le corpus posthume n’a cessé d’augmenter, suscitant un renouvellement continu des lectures. C’est indissociablement le statut de la pratique intellectuelle de Foucault qui requiert aujourd’hui un bilan collectif. Philosophe ? Historien ? Dans un entretien de 1975, Foucault récusait toutes ces étiquettes : « Je suis un artificier. Je fabrique quelque chose qui sert finalement à un siège, à une guerre, à une destruction. Je ne suis pas pour la destruction, mais je suis pour qu’on puisse passer, pour qu’on puisse avancer, pour qu’on puisse faire tomber les murs. » Ainsi Foucault n’a-t-il cessé d’avertir que son œuvre ne devait pas susciter l’exégèse, mais servir de « boîte à outils » et d’instrument de luttes. Cette image a beaucoup contribué à la fécondité durable de ses « usages », tant dans les sciences sociales que dans l’activisme militant, mais aussi à des appropriations qu’on peut juger souvent arbitraires ou projectives. De surcroît, la gloire de Foucault tient à ce qu’il a souvent été érigé en prophète de notre temps : biopolitique, société de surveillance, capital humain, néolibéralisme, etc. Elle tient également, sur le versant négatif, aux accusations répétées d’avoir nourri le relativisme, le différentialisme ou encore les « politiques de l’identité ». L’objectif de ce dossier est de faire le point sur ces questions, et de réfléchir avec (et parfois contre) Foucault sur ces questions.