Autobobographie
« Annie François était sans doute la plus grande lectrice – autant dire le plus grand lecteur – que j’aie jamais rencontrée. Presque autant de livres lus, chaque semaine, que de paquets de Gauloises – et ça n’était pas peu dire. Personnalité d’exception, colérique, raffinée, violente et délicate, aristocratique à la façon des Grands Seigneurs du temps de Saint-Simon. J’avais récolté pour elle – c’était le genre de petites attentions qu’elle aimait, qu’elle prodiguait elle-même avec une élégance souveraine – des coquillages de la Caspienne, sur le rivage d’une péninsule nommée Shah Dilli, la langue du Shah. Elle est morte le jour où je les lui ai envoyés. » Olivier Rolin, Bakou, derniers jours , 2010. Avec Mine de rien s'achève, cahotante et comme vidée de ses forces, la trilogie par laquelle Annie François avait entrepris de raconter sa vie avec les livres : Bouquiner, avec le tabac : Clopin-Clopant , et enfin avec la souffrance. François Chaslin, qui fut son compagnon, clôt le récit dans un contrepoint poignant où tombent les dernières défenses, « de guerre lasse ».